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Les arrivants, documentaire au cinéma le 07 avril 2010

Une de mes correspondantes vient de m’adresser ce lien à diffuser largement.

LES ARRIVANTS MODE D’EMPLOI

L’immigration est une réalité qui dérange. Plus précisément, ce sont les immigrés qui dérangent. Et c’est normal. On peut mettre en avant la compassion et les bons sentiments ou agiter la nécessité de la maîtrise des flux migratoires et « l’ immigration choisie », la réalité est têtue. Et la réalité, c’est qu’ il s’agit d’une rencontre avec des étrangers, des inconnus, des « aliens » comme on disait en bon américain – des perturbateurs de nos conforts, de nos conventions et de nos repères.

C’est peut-être bien là ce qu’il y a de plus vivant et de merveilleusement irréductible dans cette histoire d’immigration.

Les demandeurs d’asile, parce qu’ils ne sont pas des clandestins et parce qu’ils ont le droit d’être ici, nous semblent incarner le plus intensément les complications et les beautés de cette confrontation. La légalité de leur situation devrait permettre d’éviter aussi bien la sentimentalité (versant bien-pensant de gauche) que l’obsession de l’invasion (versant paranoïaque de droite). Deux fantasmes recto-verso, qui font écran à la vérité de cette perturbation qu’impose la rencontre avec des humains à la fois familiers et mystérieux, exigeants et démunis.

Quand on peut enfin voir cette rencontre, non plus neutralisée par les préjugés quels qu’ilssoient, mais à vif, dans ses impasses et étincelles, on touche un vertige.

Nous avons tourné « Les Arrivants » à la CAFDA (Coordination pour l’Accueil des Familles Demandeuses d’Asile). C’est une plateforme d’urgence parisienne financée par l’Etat français.

Les familles qui viennent demander l’asile en France y sont accueillies par des travailleurs sociaux qui ont pour tâche de trouver une chambre d’hôtel à ces familles le jour même de leur arrivée, puis de les aider concrètement dans leurs démarches jusqu’à ce qu’elles obtiennent (ou non) le statut de réfugié.

Ca parait simple. Ca ne l’est pas.

Parce que la réalité n’est pas soluble, ni dans l’administration, ni dans la bonne volonté. Et cette réalité, c’est, concret symbole, le Babel des voix et des visages, c’est cette irruption de l’ailleurs qu’on va chercher à canaliser, et qui énerve et qui séduit et qui échappe. Eclats des mondes multiples.

Et la CAFDA se révèle ainsi être une scène, une zone où l’ordinaire entre en contact avec l’extra-ordinaire, et où se jouent, spectaculaires, parfois explosives, les incohérences qui minent en profondeur la politique d’accueil des immigrés dans notre pays. Sur cette scène, c’est aussi, plus tremblé, obscurément contradictoire, notre rapport à cette réalité qui se joue.

Dans la grande salle d’accueil où chaque jour de nouvelles familles débarquent du monde entier, il y a un comptoir. Il sépare les arrivants des accueillants. Et dans chaque bureau où les entretiens se succèdent, il y a une table qui joue le même rôle.

Autant de frontières autour desquelles se joue en permanence un face à face à la fois

retournant et impossible.

C’est ce face à face que nous avons filmé, cet impossible qui a lieu.

D’un côté, des demandeurs d’asile et leurs urgences– ils arrivent, ils n’ont rien, ils ont peur, ils ont faim.

De l’autre côté, des travailleurs sociaux qui doivent répondre à ces demandes et qui n’en ont pas les moyens, tant financiers qu’intimes; d’autant qu’ils doivent appliquer des règles qu’ils n’approuvent pas forcément.

D’un côté, les arrivants avec leurs vies qui sont de l’Histoire brute et qui font parvenir jusqu’à nous le grand murmure de la violence qu’on fait aux hommes partout dans le monde.

De l’autre côté, les accueillants, comme nous privilégiés car comme nous protégés de cette violence, mais qui, dans le choc de ce face à face, la reçoivent « en pleine gueule » et en notre nom – et s’en défendent comme ils peuvent.

D’un côté, Zahra, la jeune, belle et laconique Erythréenne qui va accoucher bientôt, les énigmatiques Mme et M. Wong dont on ne sait s’il faut les croire ou non, les Kanesha qui ne savaient même pas qu’ils débarquaient en France et les Moulougheta, lui toujours en colère, elle toujours silencieuse.

De l’autre côté, Colette, la “mamma” au grand coeur et la tranchante et enfantine Caroline, faisant face chacune à sa façon à des demandes impossibles à satisfaire et qui finiront par craquer.

Pendant quatre mois, nous avons filmé au quotidien les relations entre ces quelques

personnages – malentendus, crises de nerfs ou de larmes, petits et grands drames . Grâce à ce dispositif, nous avons pu saisir – même si c’est par bribes – la vérité de ces relations. Et cette vérité nous est apparue complexe (ni toute blanche, ni toute noire), vivante, au-delà de toute « bien-pensance » et de toute idéologie – une vérité emblématique du rapport ambigu que nous entretenons avec l’émigré et plus largement avec l’étranger, quel qu’il soit.

Claudine Bories, Patrice Chagnard

avec la collaboration d’Evelyne Pieiller

Plus d’informations sur la CAFDA sur le http://www.makna-presse.com

Catégories :Non classé
  1. 2 mai 2010 à 13 h 42 min

    Un film brillant… La bobine des arrivants tend aux fils et petits fils d’immigrés un miroir où se reflète nos propres angoisses, notre histoire culturelle et laisse un arrière-goût amer vis-à-vis des familles « accueillies ». Par le thème du déracinement qui nous est intime. Par les réfugiés en attente et en désarroi qui semblent si proches. Par une intrigue du quotidien entre les bureaux et les transports dans laquelle on mord avec angoisse. « Welcome », en France !
    http://pontdu7eart.wordpress.com/2010/05/02/%c2%ab-les-arrivants-%c2%bb-desillusion-bureaucratique/

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