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Exigeons la sanctuarisation de l’école contre les agressions politiques

J’avais bondi, hier, à l’annonce faîte de lutter contre l’absentéisme scolaires en sanctionnant les parents. Ayant suivi de près, ces dernières années, les expériences menées sur ce sujet en Angleterre, je savais que cela ne donnait pas grand chose, hormis paupériser avec des amendes des familles déjà défavorisées.

Les peines encourus pouvant aller jusqu’à la prison et, puisqu’on parle de démission parentale, pour le coup, en enfermant les parents, on applique une double, voir une triple, peine familiale consistant à priver les parents de leur liberté et de celle de s’occuper de leurs enfants, punissant du même coup les enfants eux-mêmes qui se retrouvent sans leurs parents. Cela sent la spirale infernale et on ne voit pas bien ce que l’abandon pourrait arranger. 

Je relaie ci-dessous les propos parus ce matin dans le café pédagogique :

Peut-on lutter contre l’absentéisme en sanctionnant les familles ? L’expérience a été menée avec constance en Angleterre, un pays où les parents non seulement sont sanctionnés financièrement mais aussi, dans les cas d’absentéisme grave, jetés en prison. Le célèbre cas de Patricia Amos, la première mère jetée en prison en 2002 en Angleterre à cause de l’absentéisme de sa fille, nous rappelle que ce pays a déjà une longue tradition de répression en la matière. Après elle, pas moins de 133 parents ont été embastillés pour cette seule raison de 2005 à 2007. L’idée sous–jacente c’était que l’absentéisme est dû à la démission de parents trop occupés ou trop laxistes. Punir les parents par une amende (presque 8 000 distribuées en Angleterre en 2008) ou de la prison était censé faire réfléchir le jeune et le ramener à l’école.

C’est ignorer que l’absentéisme est plus fort dans les familles justement déjà en état de faiblesse. L’emprisonnement de la mère ou la réduction de ses moyens financiers ne fait que pousser davantage au décrochage en réduisant le lien familial. C’est aussi décider de ne pas prendre en compte les autres facteurs qui poussent à l’absentéisme : l’ennui, les difficultés dans les transports, le racket, les climats scolaires détériorés, la nécessité de travailler, etc.

Les Anglais ont pu constater l’inefficacité de ces mesures. Depuis 1997 le taux d’absentéisme est passé de 0,7% à 1% alors même que le nombre de parents emprisonnés passait de 51 par an en 2002-2004 à 82 en 2005-2007. La crise de la parentalité existe-elle d’ailleurs vraiment ? Une étude britannique montre que bien loin de démissionner, les parents ont renforcé ces dernières années leur contrôle sur les jeunes. Ainsi les jeunes passent plus de temps avec leurs parents : 70% passent régulièrement du temps avec leur mère, contre 62% en 1986. 85% des parents veulent savoir où leurs enfants vont. C’était 79% en 1986. Alors comment expliquer la montée des comportements répréhensibles ? Les chercheurs incriminent la pression des groupes de jeunes et la culture jeune. Pas les parents. Punir les parents ne sert donc à rien. Il semble que ce soit aussi l’opinion de Luc Chatel qui a déclaré le 18 octobre 2009 qu’il n’est « pas sûr que ce soit l’unique et la meilleure réponse ». Quant à la fille de Mme Amos, elle a fini par s’intégrer dans la vie professionnelle et mène une vie normale.

La seconde idée de N Sarkozy est pire encore. Avancer l’idée que « les jeunes qui ne peuvent pas suivre une scolarité normale seront placés dans des établissements adaptés » est simplement monstrueux dans un pays où la moitié des jeunes redouble à un moment ou à un autre. On relèvera l’incohérence totale dans les projets gouvernementaux. Alors qu’on installe partout l’accompagnement personnalisé en le présentant comme le remède à l’échec scolaire, voilà qu’on veut le remplacer par la mise à l’écart. On a connu ces structures ségrégatives destinées aux « fortes têtes ». Des colonies scolaires aux maisons de redressement ce n’est pas par hasard qu’elles ont disparu. Tenter de les ressusciter constitue un véritable défi au projet éducatif et au projet républicain. Le premier repose sur le principe d’éducabilité. Revenir sur ce principe c’est plonger l’Ecole dans un gouffre. Le second repose sur le principe de l’égalité des droits. Or c’est bien instituer ka ségrégation sociale que décider la mise à l’écart d’une partie de la jeunesse. On a là par contre un projet politique cohérent, celui qui tend à détruire ce qui fait société.

De toutes les violences de ces dernières heures, les plus graves ce sont les propos présidentiels. Puisqu’il est question de « sanctuariser » l’Ecole, exigeons sa sanctuarisation contre les agressions politiques.

(pour aller plus loin, rendez-vous sur le café pédagogique.

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Catégories :Humeur, humour
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